PATRICK BRUEL


Alors regarde


Le sommeil veut pas d' moi, tu rêves depuis longtemps.
Sur la télé la neige a envahi l'écran.
J'ai vu des hommes qui courent, une terre qui recule,
Des appels au secours, des enfants qu'on bouscule.

Tu dis qu' c'est pas mon rôle de parler de tout ça,
Qu'avant d' prendre la parole il faut aller là-bas.
Tu dis qu' c'est trop facile, tu dis qu' ça sert à rien,
Mais c't encore plus facile de ne parler de rien.

Alors regarde, regarde un peu...
Je vais pas me taire parce que t'as mal aux yeux.
Alors regarde, regarde un peu...
Tu verras tout c' qu'on peut faire si on est deux.

Perdue dans tes nuances, la conscience au repos,
Pendant qu' le monde avance, tu trouves pas bien tes mots.
T' hésites entre tout dire et un drôle de silence.
T'as du mal à partir, alors tu joues l'innocence.

Alors regarde, regarde un peu...
Je vais pas me taire parce que t'as mal aux yeux.
Alors regarde, regarde un peu...
Tu verras tout c' qu'on peut faire si on est deux.

Dans ma tête une musique vient plaquer ses images
Sur des rythmes d'Afrique mais j' vois pas l' paysage/
Encore des hommes au courent, une terre qui recule;
Des appels au secours des enfants qu'on bouscule/

Alors regarde, regarde un peu...
Je vais pas me taire parce que t'as mal aux yeux.
Alors regarde, regarde un peu...
Tu verras tout c' qu'on peut faire si on est deux.

Alors regarde, regarde un peu...
Je vais pas me taire parce que t'as mal aux yeux.
Alors regarde, regarde un peu...
Tu verras tout c' qu'on peut faire si on est deux.


Casser la voix

Si, ce soir, j'ai pas envie d' rentrer tout seul,
Si, ce soir, j'ai pas envie d' rentrer chez moi,

Si, ce soir, j'ai pas envie d' fermer ma gueule,
Si, ce soir, j'ai envie d' me casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix.

J' peux plus croire tout c' qui est marqué sur les murs.
J' peux plus voir la vie des autres même en peinture.
J' suis pas là pour les sourires d' après minuit.
M'en veux pas, si ce soir j'ai envie

D' me casser la voix, Casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix.
Les amis qui s'en vont
Et les autres qui restent.
Se faire prendre pour un con
Par des gens qu'on déteste,
Les rendez-vous manqués
Et le temps qui se perd

Entre des jeunes usés
Et des vieux qui espèrent

Et ces flashes qui aveuglent,
A la télé chaque jour,
Et les salauds qui beuglent
La couleur de l'amour
Et les journaux qui traînent,
Comme je traîne mon ennui,
La peur qui est la mienne,
Quand je m' réveille la nuit,
Casser la voix, Casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix.

Et les filles de la nuit
Qu'on voit jamais le jour
Et qu'on couche dans son lit
En appelant ça d' l'amour
Et les souvenirs honteux
Qu'on oublie d'vant sa glace

En s' disant "J' suis dégueu
Mais j' suis pas dégueulasse !"
Doucement les rêves qui coulent
Sous l' regard des parents

Et les larmes qui roulent
Sur les joues des enfants

Et les chansons qui viennent
Comme des cris dans la gorge,
Envie d' crier sa haine
Comme un chat qu'on égorge,
Casser la voix, Casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix.

Si, ce soir, j'ai pas envie d' rentrer tout seul,
Si, ce soir, j'ai pas envie d' rentrer chez moi,

Si, ce soir, j'ai pas envie d' fermer ma gueule,
Si, ce soir, j'ai envie d' me casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix,
Casser la voix, Casser la voix.


Combien de murs ?

D'abord une pierre qui vole en éclats,
Une drôle de poussière, puis un fracas.
Sortez de chez vous, réveillez tous les gens
Qui ont rendez-vous depuis si longtemps.

Un mur est tombé, un homme se retourne.
Est-ce qu'il a rêvé ? Est-ce une page qu'on tourne ?
Déjà la rumeur qui court de ville en ville.
On s'embrasse, on pleure, il reste immobile...

Est-ce que c'est lui qui perd la tête, qui devient fou...
Même si son coeur est à la fête ses yeux sont flous.
Combien d'armures, combien de masques, combien de tombes,
Combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe ?

Des larmes peuvent couler, personne se retourne.
L'histoire abandonne les pages qu'on détourne.
De quelle liberté pourra-t-on bien parler
Lorsque les enfants viendront demander...

"Les murs qu'on a dans la tête
Sont plus hauts que vos peut-être.
Pourquoi personne les arrête... jamais !
Bien sûr qu'on va les casser,
Mais on n'effacera jamais
Les maux qu'ils auront laissés... gravés !" ?

J'avais oublié l'ironie de notre histoire.
J'avais oublié qu'on a si peu de mémoire.
Combien de larmes, combien de haines, combien de hontes,
Combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe ?

Est-ce que c'est moi qui deviens fou ?
Répondez-moi, mes yeux sont flous.
Au nom de qui fait-on le choix de l'innocence ?
Au nom d' quelle liberté, de quelle transparence ?

Combien de murs... Combien de murs...
Combien de larmes, combien de masques, combien de hontes
Combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe ?

Combien de murs... Combien de murs... Combien de murs...


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